• Vous êtes architecte et souhaitez vous mettre à votre compte comme auto-entrepreneur ? 

    Etre architecte et auto-entrepreneur

    Ce statut est pour vous si :

    • vous êtes étudiante(e) ou salarié(e) et souhaitez développer vos propres projets en parallèle
    • vous souhaitez vous installer à votre compte en commençant "en douceur" (cumulable avec allocations de chômage et certaines aides type ACCRE).

    Un auto-entrepreneur, c'est un CA max de 32 900 €/an en prestations de services. Ce qui fait 2 741,66 €/mois si vous démarrez votre activité en cours d'année. Attention dans ce cas à ne pas dépasser les 2 741,66 € x le nombre de mois d'activité, faute de dépasser le plafond (auquel cas l'URSSAF vous changera automatiquement de statut et vous réclamera le complément de charges + TVA afférente aux factures déjà établies!).

    Je vous rappelle qu'un chiffre d'affaire, ce n'est pas le salaire qui tombe dans votre poche à la fin du mois ! Il faudra déduire de ce montant les charges, impôts et frais. 
    Etre auto-entrepreneur ne permet ni de récupérer la TVA, ni de déduire certaines dépenses (il n'y a pas de notion de bénéfice et de résultat net).

    Etre architecte et auto-entrepreneurCe statut ne doit pas être utilisé à la demande d'un "employeur" qui refuse de vous salarier et vous propose de travailler pour lui en auto-entrepreneur (au lieu d'un stage, HMO, CDD, CDI). Et ne vous leurrez pas, s'il ne veut pas vous embaucher, il ne sera pas non plus prêt à vous rémunérer 2 740 €/mois en auto-entreprise !

    Vous l'aurez compris, il s'agit d'un statut temporaire ou complémentaire. Pour une activité pérenne et principale, il vous faudra rapidement envisager le recours à un autre statut vous permettant notamment une meilleure protection sociale.

    ♦ Ce qu'ils en pensent :

    Caroline, 38 ans et un enfant, 100% auto-entrepreneur suite à une fin de contrat :

    Je vis vraiment ce statut comme un statut provisoire avant de m'installer en libéral ou société, c'est pas mal pour se lancer : je peux cumuler avec mes indemnités de chômage, et l'ACCRE me permet d'avoir des charges très réduites !
    Comme il n'y  pas de TVA, c'est très bien pour les particuliers avec qui je travaille car ils payent uniquement mon taux horaire.
    Par contre, être auto-entrepreneur n'est pas crédible pour répondre aux appels d'offres, ni vis-à-vis des autres professionnels.

    Fanny, 28 ans, 100% auto-entrepreneur suite à la demande de son ancien patron pour finir un projet suite à 18 mois de CDD :

    Contexte d'inscription en AE :

    Etre architecte et auto-entrepreneurAprès avoir travaillé dans deux agences, j'ai été rappelée par la première pour effectuer la mission de pilotage d'un chantier conséquent, avec déplacements professionnels fréquents. J'étais alors à nouveau salariée dans leur entreprise pour 18 mois, le temps de la durée du chantier.
    Au terme de cette période, le chantier avait déjà pris au moins 4 mois de retard. Mais mon rôle au sein de l'équipe et pour ce projet en particulier était devenu indispensable : à quatre mois de la livraison il était trop compliqué et coûteux de former quelqu'un d'autre au vu du nombre de problématiques à maîtriser. L'agence a cependant refusé de m'embaucher en CDI, peur de grandir en dépassant le seuil du nombre de salariés, et ne sachant pas si suite à cette mission ils pourraient me trouver du travail. Ils n'ont pas non plus souhaité explorer la possibilité du CDI chantier (contrat se terminant au terme de la mission).
    Je pouvais partir, mais avais la volonté d'aller au bout de cette mission. J'ai été contrainte de poursuivre en 'freelance', mais j'ai posé mes conditions, qui n'ont pas toutes été acceptées par l'agence : négociation financière en ma faveur, mais conditions de travail et contraintes relevant du salariat (horaires d'agence malgré les temps de déplacement en dehors du cadre, congés, plein temps à l'agence, une seule clientèle). Je devenais prestataire de services,  pourtant ils souhaitaient de moi le même investissement que leurs salariés dans la vie quotidienne de l'agence.


    Calcul du prix :


    Ce qui m'a décidée à accepter le changement de statut, c'est l'accord sur le prix, et l'engagement avec eux sur une période de 4 mois. Après avoir négocié dur mon salaire sur la période de salariat, j'ai imposé pour la même mission en tant que freelance une facture mensuelle ajoutant : salaire mensuel + charges salariales + charges patronales (soit le brut + charges patronales, indiquées en bas de ma fiche de salaire). Car de fait, je devais alors payer moi-même mes charges et cotisations auprès des centres de formalités des entreprises.
    Après coup je me suis rendue compte qu'il aurait été plus judicieux de négocier un tarif/jour ou un tarif/horaire, incluant mes périodes de congés dans le prix. Leur étant nécessaire et bien qu'ils voulaient faire des économies, ils ont accepté cette condition de facturation.

    Les emmerdes :


    Commencer en AE en plein milieu d'un boulot a été ma première difficulté : s'inscrire demande des anticipations, et lorsque l'on travaille à plus que plein temps, et que l'on n'est absolument pas dans une dynamique de création d'entreprise, on oublie forcément des détails.

    - Penser à s'inscrire au pôle emploi pour activer nos droits, afin qu'ils soient gelés jusqu'à ce que notre chiffre d'affaire soit réduit ou nul > je ne l'ai fait que 6 mois plus tard- Possibilité alors de faire une demande d'ACCRE, pour les créations d'entreprise.

    - à l'inscription auprès de l'urssaf, bien comprendre que même si nous travaillons chaque jour chez notre client, ce qui n'est par ailleurs pas normal, il faut indiquer notre adresse personnelle, ceci pour éviter de payer des impots locaux pro > ceci m'a valu une modification d'adresse au bout d'un mois auprès de l'urssaf et un changemnent de siret à communiquer.

    Etre architecte et auto-entrepreneur- chaque mois nous devons déclarer notre chiffre d'affaires à l'urssaf et payer par là-même les charges. Attention, nous faisons nous-même notre calcul et notre déclaration (avec le montant qu'on veut en fait) ! Rien n'est automatisé, ni même les vérifications par l'urssaf, mais si un jour une fraude est décelée, par les factuires transmises par l'agence, on risque gros... J'avais donc la pression et des dead-lines pour effectuer ces declarations, sans en connaitre les réflexes et fonctionnements, et sans avoir trop eu le temps de m'y plonger au départ... Et nous déclarons HT (la TVA est encore une autre longue histoire que j'ai découvert). Il est aussi nécessaire de déclarer nos CA au pôle emploi.

    - le prorata temporis... Si jargon inconnu, on ne s'y attarde pas et personne ne nous relancera pour nous dire d'y faire attention : je suis tombée dans le piège lors de ma première déclaration, m'étant inscrite en octobre, je n'avais pas saisi que je ne devais pas dépasser le seuil de 32 900 € pour 12 mois de l'année civile, donc pour trois mois il ne faut pas dépasser 3/12èmes de ce montant, faute de dépasser le plafond... Par ailleurs, suite à mes lettres de recours, et multiples rdv, l'urssaf prenait aussi ma défense en m'indiquant que je m'étais également trompée en déclarant > il faut déclarer le CA perçu et non pas le CA facturé... ceci est à vérifier.
    Malgré toute cette bataille, sans savoir comment déclarer pendant 3 mois, je suis passée d'office en libéral. Et là, nous n'avons aucune vision de nos cotisations, que nous payerons en fin d'année, en déclarant cette fois notre BÉNÉFICE. Encore une nouvelle aventure que de définir le bénéfice et savoir quelles sont les charges déjà réglées ! Grande difficulté sur la visibilité des organismes à payer et quand les payer.
    Prendre un comptable peut s'avérer intéressant. Quoique, après en avoir contacté plusieurs, mon activité n'était pas suffisemment conséquente pour qu'ils soient intéressés... Ils m'incitaient à redevenir AE, chose refusée par l'urssaf... donc, "débrouillez-vous". Et, attention, ce ne sont pas ceux qui vous ont invité à vous mettre en freelance, soit vos ex patrons, qui prendront le temps de vous faire une leçon là-dessus ! "Débrouillez vous !" Il a fallu ainsi procéder à une régularisation de la TVA, car mes factures étaient restées HT. Cette régularisation TTC n'a pas été mal prise par l'agence, bien heureusement.

    Etre architecte et auto-entrepreneur- l’assurance RC : trop conscienceuse et dans le besoin de reconnaissance face au délitement de mes patrons sur mon statut, je me suis inscrite en tant qu'agrégée en architecture. En effet, habilitée à la maitrise d'eouvre, responsable de la coordination d'un chantier, le code NAF choisi me paraissait évident. Certes, sauf que le responsable du projet d'un point de vue décennal reste l'agence d'architecture ayant signé le marché. Je ne suis que prestataire de service, pilote. Mais lorsque l'on est architecte en EI, quand bien même nous construisons en dessous du seuil de 170 m2, il nous faut une assurance RC, qui n'est pas la décennale.
    Sauf que j'ai cherché. En vain. Aucune, aucune vraiment assurance RC n'a voulu m'assurer, le domaine du BTP, de la construction, étant bien trop spécifique. Même étant assistante, dessinatrice, ceci ne passait pas. Sauf à la MAF, mutuelle qui m'imposait cependant l'inscription à l'ordre des architectes et une base annuelle de cotisation de 3 000 €. Mais travaillant à plein temps comme prestataire de service, sans responsabilité décennale sur le projet, l'investissement était absolument démesuré.
    C'est sur ce point que l'ordre des architectes m'a mise en garde sur l'état de mon statut, pointant ouvertement le salariat masqué dont je faisais oeuvre avec l'agence, illégal, et participant a la direction néfaste voire malade que prend notre profession. Sur la période je n'ai pas réussi à résoudre cette question.

    - J'ai donc cherché à me faire assurer par le biais des coopératives d'entrepreneurs. Ce chantier a duré finalement un an de plus que prévu. Au bout des 4 mois, j'ai réussi à négocier un 4/5ème de temps afin de me consacrer à d'autres petits projets personnels, certes peu rémunérateurs, mais faisant oeuvre d'une seconde clientèle et d'une autre expérience.
    Alors ma rencontre avec la coopaname et la scop alter batir m'ont permis de découvrir le système légal et avantageux des scop, dans lesquelles nous sommes salariés mais restons indépendants dans notre activité. Cependant  la part de cotisation s'avérait élevée, et mon activité n'était pas garantie durable. Je pense que ces pistes restent à explorer et permettent que notre comptabilité soit prise en charge.


    Pour finir, en fin de chantier j'ai quitté cette mission avec l'agence, qui souhaitait que je reste prestataire chez eux à plein temps pour une durée indéterminée. Ce qui aurait dû être mon CDI était un contrat de collaboration libérale de 4 mois. Suite à cela, rien. Mais j'étais en "CDI freelance" pour eux. Pour ces raisons, mais aussi pour d'autres,  personnelles, j'ai quitté Paris et la France. Sans activité, j'ai décidé de revenir à un statut AE. Monter mon entreprise était prématuré.
    Dans cette dynamique de travail, je n'ai pas été préparée aux questions qui me sont tombées dessus. Mais je n'avais ensuite pas suffisemment pris le temps de développer capital et réseau pour me lancer. Ainsi, j'ai changé de catégorie, et peux trouver une RC. Mon statut est aujourd'hui un moyen de compléter une autre activité salariée.


    >>> Soyez prudents, et même si l'on vous met la pression, prenez le temps de réfléchir, de comprendre les enjeux et de mettre en évidence vos intérêts personnels et pros. Certes, les erreurs forment. Mais les failles des lois et réglementations sont malheureusement quelquefois exploitées 
    Je ne regrette pas du tout cette expérience qui m'a permis de me former sur le tas, sur des compétences nouvelles, et d'acquérir des outils peu enseignés en formation du métier d'architecte et pourtant essentiels dans notre profession.

    Léonard, 25 ans, étudiant et auto-entrepreneur :

    Actuellement étudiant en M2 à l’ENSAPVS, j’ai fait le choix en avril 2013 de devenir Auto-entrepreneur. Cette décision a été prise suite à un projet de rénovation d’appartement pour un particulier. J’ai ressenti le besoin de donner un cadre légale à mon travail.
    Ce statut m’a permis de mettre un premier pas dans le processus de création d’entreprise. Les projets ont suivi et me permettent aujourd’hui une certaine indépendance financière vis-à-vis de ma famille qui jusque-là subvenait à mes besoins.
    Pour moi, le statut d’auto-entrepreneur est un tremplin idéal pour les jeunes entrepreneurs en quête d’indépendance professionnelle ou pour permettre de compléter par des missions ponctuelles un autre revenu. Néanmoins, ce ne doit en aucun cas devenir un contrat de substitution au CDD dans l’optique d’intégrer une agence.

    ♦ Quelle assurance ? 

    Vous avez l'obligation de souscrire une assurance responsabilité civile professionnelle. Si architecte inscrit à l’Ordre, vous devez évidemment également souscrire à une décennale ! La RCP peut alors être incluse dans votre cotisation MAF, EUROMAF ou SMABTP.

    « La MAF assure les architectes à condition qu’ils soient diplômés et inscrits à l’Ordre. Un jeune architecte diplômé HMONP a la possibilité de s’inscrire à l’Ordre quel que soit son mode d’exercice. 

    En revanche, les jeunes diplômés en architecture qui sont en cours de validation de leur HMONP et par conséquent dans l’impossibilité de s’inscrire à l’Ordre, peuvent souscrire par le biais d’EUROMAF et sous certaines conditions, un contrat d’assurance lorsqu’ils débutent une activité professionnelle en tant qu’auto-entrepreneur.

    Cette solution d’assurance est temporaire et fait l’objet d’un suivi : les contrats EUROMAF sont résiliés lorsque le contrat MAF est souscrit ou lorsque les conditions de leur délivrance ne sont plus respectées. »

    La SMABTP propose également des solutions pour les architectes et architectes d'intérieur, mais leur site ne mentionne rien sur les auto-entrepreneurs. À vérifier, donc.

    Si vous connaissez d'autres assurances compatibles, n'hésitez pas à les partager en commentaires :)

    ♦ Être auto-entrepreneur, quelles implications ?

    Etre architecte et auto-entrepreneurAttention au salariat déguisé : Travailler comme AE pour un client unique à temps plein s'apparente à du salariat déguisé, et est donc interdit. Bien que la pratique soit assez courante au sein des agences d'architecture de sous-traiter certaines prestations à un auto-entrepreneur "à demeure", je vous recommande vivement de ne pas accepter ce type de proposition.
    Les assimilations au salariat déguisés étant nombreuses et complexes, je vous conseille de lire cet article explicite de la Fédération des Auto-Entrepreneurs (attention aux liens de subordination, mise à disposition de matériel etc.).

    Des obligations à respecter : Depuis le 01/01/2015, ce dispositif vous oblige notamment à ouvrir un compte bancaire dédié, et vous inscrire à la CCI dont vous dépendez (dispense de frais d'inscription).
    Si vous êtes salarié(e), vous devez impérativement demander l'accord de votre employeur, conformément à la CCN et à la loi sur l'architecture.

    Si vous ne voulez/pouvez pas vous inscrire à l'Ordre, vous ne pouvez prétendre au titre d’architecte et devrez déclarez une activité de dessinateur, collaborateur libéral, architecte d'intérieur, …
    Choisissez scrupuleusement votre assurance !

    Avant toute démarche, prenez le temps de lire ces guides officiels de l'URSSAF et du RSI, qui vous donneront des précisions sur ce statut (ce que sont les régimes micro-fiscal et micro-social, le prélèvement libératoire etc.) :

    À savoir : au 1er janvier 2016, les statuts d'auto-entreprise et de micro-entreprise fusionnent.


    ♦ Pour aller plus loin :

    Témoignage d'un architecte auto-entrepreneur sur Rue89.

    Document de 3 pages rédigé par l'Ordre des architectes :
    Télécharger « 15 - Le régime de l'auto entrepreneur.pdf »

    D'autres pistes via CEA ici et .

    S'inscrire gratuitement comme auto-entrepreneur via le site officiel, et se documenter grâce à la FAQ : http://www.lautoentrepreneur.fr

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    4 commentaires
  • Entreprise de bâtiment spécialisée dans les travaux TCE second œuvre, basée avenue du Président Wilson à La Plaine Saint Denis. Jeune entreprise en constante progression, sa clientèle est composée de bailleurs publics et privés, d’entreprises, de particuliers …

    Dans le cadre de notre développement d'activité, nous recherchons un/une secrétaire administrative H/F.

    Poste 35h/semaine (possible 30h si souhaité).

    Sous la responsabilité du directeur, vous serez en charge de:   

    • Offre d'emploi -  Secrétaire administratif H/F à Saint OuenAccueil téléphonique et physique des clients/ fournisseurs
    • Classement administratif, traitement de courrier
    • Facturation, Devis et suivi des règlements
    • Gestion administrative des dossiers d'appel d'offres
    • Etablissement des contrats de sous traitance (sur documents types) et leurs documents administratifs
    • Gestion administrative et technique (fiche technique, DOE, plans d’exécution ...) des chantiers
    • Gestion du courrier et des mails
    • Renouvellement et extension des demandes de qualification

    Expérience dans le domaine du bâtiment avec une connaissance du marché public souhaitée.

    Rémunération selon profil (1 500 à 1 800 €/mois).
    CDD en vue d'un CDI

    Merci de transmettre votre candidature par mail uniquement à Imed AISSA : i.aissa@gtpbatiment.fr

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  • Il y a quelques jours, je twittais "Choquée d'apprendre que certains archis se moquent tjrs de la loi et ne remboursent pas les 50% des Navigos de leur salariés", ce qui m'a valu un bel échange avec De la Jirô d'Aneth (@la_d), familière des libertés que prennent certains avec la loi ...

    La conversation complète, c'est par ici !

    Parce que "Assistante d'architecte" c'est aussi de belles rencontres et des échanges de points de vue, j'ai voulu partager avec vous l'expérience malheureuse de De la Jirô d'Aneth (mais rassurez-vous, tout va bien pour elle aujourd'hui !).

    Ce qu'elle a vécu, beaucoup d'entre nous y ont eu droit - avec quelques variantes toutes aussi farfelues les unes que les autres. 
    Et ce qu'elle a vécu, je tiens à le dire à celles qui en doutent encore, n'est PAS NORMAL. Ne vous laissez pas écraser ! On va encore dire que je fais ma syndicaliste, mais il en va de votre survie ! Et si vous trouvez que j'exagère, je vous laisse le soin de relire les articles du blog concernant les risques psychosociaux.

    Je vous invite toutes et tous à "éduquer" vos collègues quant au rôle d'une assistante, qui n'est ni un standard téléphonique, ni une machine à café. Merci.

    Et maintenant, place à la suite :


    "Lorsqu’autour d’une discussion Twitter, @Assistantearchi me propose de faire un article dans la rubrique « Humeurs » de son blog, je me dis pourquoi pas… En essayant de rassembler un peu mes idées, je me rends compte que j’ai tellement à dire sur les 4 années passées dans une agence d’urbanistes et d’architectes que je pourrais monter un blog à moi toute seule ;)

    Aujourd'hui on va râler un peu ;)

     En guise d’introduction :

    Les approximations que s’autorisait mon patron avec la loi du travail étaient proprement illégales d’une part, et hallucinantes d’autre part. Les approximations que s’autorisait mon patron avec la gestion financière et humaine de son entreprise a conduit directement à mon licenciement économique moins de 4 ans après mon embauche.

     La culture de la charrette

    Assistante d'architecte : l'envers du décors dans certaines agences ...Pendant les 6 premiers mois, j’ai travaillé plus de 40 heures par semaine pour 1 100 € net. Mais ma moyenne était plutôt de 45 heures hebdomadaires. 
    Nous avions 23 jours de RTT par an. Un mois après mon arrivée, suite à une négociation avec l’ensemble des salarié.es, le temps de travail a été remanié : nous sommes passés de 39h à 37h (blague #1) de travail hebdomadaire et donc de 23 à 14 RTT par an (blague #2). 
    J’ai pas compris… y’a 15 personnes qui venaient juste d’accepter de se faire voler 9 jours de congés par an, comme ça, sans que ça ne pose de problème à personne. « De toutes manières on ne les prend jamais », ou « c’est plus équitable, car un seul prenait toutes ces RTT donc c’était pas juste pour les autres », et enfin « de toutes manières, les RTT non pris sautaient en fin d’année, donc bon ».
    Sur les 14 RTT que j’avais par an, je n’ai jamais pu en poser plus de 10.

    Pas une heure supplémentaire n’était payée. Aucune rattrapée.

     L’équipe :

    J’étais en binôme avec une assistante de direction en poste depuis quelques années. Notre binôme fonctionnait à merveille et pour avoir croisé d’autres assistantes, d’autres patrons, d’autres entreprises d’archi, d’autres entreprises tout court, c’est pas pour me la ramener, mais on déchirait grave ! Et pour autant, je n’ai jamais autant ramé pour faire reconnaître notre utilité dans l’entreprise.

    Pour le reste de l’équipe, j’avais évidemment mes affinités avec certaines personnes. Ce qui me posait problème était le comportement collectif des technicien.nes (architectes, urbanistes et stagiaires). Rien ne choquait vraiment l’équipe sur certaines tâches qui avaient insidieusement glissé sous la « responsabilité » des assistantes (tu noteras le « insidieux » et « glissé » ;) :

    Assistante d'architecte : l'envers du décors dans certaines agences ...Traverser l’agence entière en portant des choses lourdes/salissantes/encombrantes sans que personne ne juge nécessaire de t’aider.
    S’occuper constamment de la propreté des voitures puisque personne ne juge nécessaire de jeter son papier, son chewing gum, son mégot, etc.
    Devoir faire jusqu’à 600 km en voiture pour amener un appel d’offres, avec la pression maximum, puisque le technicien n’a pas fini à temps.
    Devoir régulièrement aller chercher à manger pour les techniciens puisque leur temps est considéré plus précieux.
    Devoir rester jusqu’à minuit pour boucler un appel d’offres.
    Devoir écouter les malheurs des technicien.nes puisque l’assistante est aussi psychologue.
    Devoir fournir les médicaments pour les petits maux de têtes des technicien.nes.
    Devoir prévoir ses pauses déjeuner à l’extérieur à l’avance parce que toute l’équipe part du principe que l’assistante peut être sollicitée pendant la pause.

    Et jamais, jamais une once de reconnaissance.

     Le métier :

    Le métier d’assistante de direction est un mélange assez complexe de nombreuses compétences différentes. Tu changes de métier presque tous les quarts d’heure sans compter toutes les fois où un.e technicien.ne te demande quelque chose, où le téléphone sonne. Bref, tu passes de standardiste à DRH en un quart de seconde en passant évidemment par un peu de gestion informatique ou d’organisation de déplacements. Mais si tu es un peu organisée et polyvalente, ce n’est pas le plus dur. 

    Assistante d'architecte : l'envers du décors dans certaines agences ...

    Le plus dur, c’est la gestion de l’humain et la reconnaissance de notre place dans l’entreprise :

    Devoir gérer les personnalités de chacun, sans aucune formation jamais. 
    Devoir gérer des personnes de 10 ou 15 ans tes ainées et qui s’envisagent comme hiérarchiquement supérieures.
    Devoir gérer les comportements sexistes.
    Devoir supporter les comportements infériorisants (de la part d’hommes comme de femmes, de jeunes comme de plus vieux, de stagiaires comme de directeurs et évidemment de la part des partenaires et des maîtrises d’ouvrage).
    Devoir se battre quasiment quotidiennement pour rappeler à ses collaborateurs que notre métier sert la structure et sert leur métier.
    Devoir se battre pour valoriser financièrement notre métier.

    En trois ans et demi, je suis passée de 1 100 € net à 1 550 € net. Mon collègue et ami architecte qui est entré 4 mois avant moi a commencé à 1 400 € net et était à 2 000 € lors de mon licenciement. Nous avons un bac+5 tous les deux. Il n’a jamais compris la différence de salaire. Moi non plus.

    Ce métier c’est aussi devoir annoncer son propre licenciement à l’équipe. C’est devoir le gérer administrativement.

    Mal déléguer la gestion de son entreprise :

    Savoir déléguer est un art auquel mon patron n’était pas particulièrement familier. Mais ça s’apprend.
    Savoir déléguer à la bonne personne est un subtil mélange de confiance et de lâcher prise à côté duquel mon patron est complètement passé. Mais ça s’apprend aussi…

    Ce patron était verni : il avait à sa disposition deux assistantes super impliquées dans son entreprise. On avait toutes les deux le même profil et une de nos qualités était d’avoir grandi dans le monde de l’entreprise. On avait passé nos enfances avec un chef d’entreprise qui ramenait ses problèmes et ses réussites le soir à table. Autant te dire que du concept de « se mettre à la place du patron » on en connaissait un rayon.

    Assistante d'architecte : l'envers du décors dans certaines agences ...Notre patron a choisi de ne jamais nous accorder sa confiance. Il nous a collé l’étiquette d’assistante de direction mais en réalité il nous voulait assistantes administratives. Il était assez désireux que l’on n’aborde pas avec lui des sujets bassement matériels (congés, équité salariale, droit du travail, etc.) pendant que, lui, réfléchissait à des choses beaucoup plus grandes, beaucoup plus importantes comme l’avenir d'un bâtiment, d’un quartier, d’une ville, d’une région.

    En dehors de toutes réalités :

    « On va essayer de trouver quelqu’un, genre une secrétaire, pour faire les appels d’offres, parce que tu es trop intelligente pour cela, tu mérites mieux. »
    Voilà comment en une phrase, mon patron a réussi à démolir ce que je faisais depuis 2 ans. Il n’y a pas de sot métier (sauf secrétaire et faire des appels d’offres apparemment…) Mon patron venait de me balancer en une demi-seconde le peu de considération qu’il avait pour mon métier. Il venait de cracher sur ce qui représente 100% des rentrées d’argent de son entreprise.

    ---

    - Patron X : « Comment faites-vous pour garder vos employés si tard* ? » *au-delà de 19h
    - Mon patron : « Ils aiment ce qu’ils font »
    Je pensais plus à « pour pas foutre les autres dans la merde » ou « parce que sinon on licencie » ou encore « parce que les deadline sont trop resserrées » mais c’est évidemment parce qu’ils adorent l’architecture et parce qu'évidemment, remplir des DC1, c’est ma passion…

    ---

    Lorsque certain.es collègues sont descendu.es sous la barre des 45h/semaine et comble du comble parfois des 40h/semaine, ils étaient considérés par le patron et d’autres personnes de l’équipe comme de mauvais éléments qui n’étaient pas impliqués, qui n’avaient pas l’esprit d’équipe. Peu importait les heures qu’ils avaient consacrées à l’entreprise les années précédentes.

    Pourquoi rester ?

    Les deux premières années, pour continuer à apprendre et aussi parce qu’apparemment, pour une assistante, j’étais pas si mal payée ( ‼ ??).
    Les deux années suivantes, pour ne pas planter ma collègue et parce que, mine de rien, j’aimais bien la moitié des personnes avec qui je bossais et puis aussi pour avoir de l’expérience.
    Les six derniers mois, parce que j’étais persuadée que ça ne serait pas mieux ailleurs.
    Et puis, le licenciement économique.

    Je savais que quelque chose clochait dans cette entreprise mais j’ai vraiment pris conscience des choses quand j’ai commencé à travailler dans mon entreprise actuelle. Là j’ai vraiment pu constater que c’est possible de gérer une TPE/PME en respectant le code du travail, que c’est possible de valoriser son assistante de direction, que c’est possible de lui faire confiance et lui donner des responsabilités. Et, plus fort que tout, lui exprimer sa reconnaissance ne semblerait pas si sorcier !

    Assistante d'architecte : l'envers du décors dans certaines agences ...Depuis plus d’un an, j’adore mon métier d’assistante de direction. Et je pense que si je l’aime tant, c’est grâce à mes patrons et mes techniciens qui savent quotidiennement que nous sommes co-dépendants, qui valorisent autant une étude bénéficiaire (eux) qu’un choix de mutuelle (moi), un regain de production (eux) que 3 appels d’offres envoyés dans la même journée (moi en partie…). Des patrons et des techniciens qui savent que si leur production a augmenté de 10 % cette dernière année, ben c’est aussi un peu grâce à moi.

    Depuis un peu plus d’un an, j’ai des perspectives d’évolution, de formations et de valorisation financière. Depuis un peu plus d’un an, je suis considérée comme une employée comme une autre."

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  • RH : Le point sur le fractionnement des congés payésJ'attire aujourd'hui votre attention sur une disposition du Code du Travail et de la convention collective qui passe généralement à la trappe : le fractionnement des congés payés.

    Généralement, vous ne savez pas que ce fractionnement donne lieu à l'attribution  de congés supplémentaires... mais il n'est jamais trop tard pour bien faire ;)

    Pour vérifier que je ne vous dis pas (que) des bêtises, voici un extrait de la convention collective nationale des entreprises d'architecture (Chapitre VIII Congés, VIII-2-1 Congés payés annuels, pages 24 et 25):

    VIII-2-1 : Congé légal

    Le salarié qui au cours de l’année de référence justifie avoir été occupé chez le même employeur pendant un temps équivalent à un minimum d’un mois de travail effectif a droit à un congé dont la durée est déterminée à raison de deux jours et demi ouvrables par mois de travail sans que la durée totale du congé exigible puisse excéder trente jours ouvrables.
    Lorsque le nombre de jours ouvrables calculé conformément à l’alinéa précédent n’est pas un nombre entier, la durée du congé est portée au nombre entier immédiatement supérieur.
    Ce congé peut être pris sans fractionnement, pour un maximum de 24 jours ouvrables

    VIII-2-2 : Fractionnement des congés payés

    L’employeur a la latitude, après avoir consulté les représentants du personnel ou, à défaut, l’ensemble du personnel, de proposer le fractionnement des congés, conformément à la législation en vigueur (article L 223-8).
    En cas de prise fractionnée des 4 premières semaines des congés payés, l’attribution de jours de congés supplémentaires se fera conformément aux dispositions du code du travail (L223-8).
    En résumé : En vertu de la loi du 16 mai 1969, en cas de fractionnement des congés, les congés pris entre le 1er novembre et le 30 avril donnent lieu à l’attribution de congés supplémentaires de :
    • 2 jours ouvrables, si le nombre de jours de congés pris durant cette période est au moins égal à 6 jours ouvrables.
    • 1 jour ouvrable, si le nombre de jours de congés pris durant cette période est compris entre 3 et 5 jours ouvrables.
    (Une période de congé comprenant au moins 12 jours ouvrables doit, en tout état de cause, sauf accord particulier, être attribuée entre le 1er mai et le 31 octobre).

    Pour en savoir plus, je vous invite à consulter l'article des éditions Tissots, dont je reproduis ici quelques extraits :

    L’employeur peut-il demander au salarié de renoncer aux jours de fractionnement ?

    Il est possible de déroger aux règles de fractionnement du congé principal par convention collective ou accord collectif ou si le salarié y renonce (Code du travail, art. L. 3141-19). NB : comme vu plus haut, la convention collective ne permet pas de déroger à ces règles.
    L’employeur peut ainsi autoriser le salarié à prendre une partie de son congé principal de 4 semaines après le 31 octobre et demander à ce dernier de renoncer aux jours supplémentaires de fractionnement.
    Il est recommandé d'exiger une renonciation écrite individuelle du salarié et ce, afin d'éviter toute contestation ultérieure.
    La Cour de cassation a récemment confirmé qu’il était possible de déroger aux jours supplémentaires soit par accord individuel du salarié, soit par convention ou accord d'entreprise ou d'établissement. Il ne s’agit en effet pas de dispositions d’ordre public comme avait pu le considérer le conseil de prud’hommes dans l’affaire en question.

    Et si le salarié n’a pas son droit complet à congés payés ?

    Ce sera le cas par exemple d’un salarié embauché en cours d’année.
    Dans ce cas, le salarié a droit aux jours de fractionnement à condition d’avoir :

    • acquis au moins 15 jours ouvrables de congés payés ;
    • pris 12 jours continus entre le 1er mai et le 31 octobre ;
    • un reliquat d’au moins 3 jours ouvrables en dehors de la période légale de prise du congé principal.

    Les règles d’acquisition, de prise, de décompte des congés payés sont relativement complexes. Pour gagner en temps et limiter le risque d’erreur, il est intéressant de disposer d’un logiciel  de gestion des congés.

    Les éditions Tissot signalent également qu'il ne faut pas tenir compte de la 5ème semaine de congés payés pour le calcul du nombre de jours supplémentaires, mais du nombre de jours restants sur les 24 jours correspondant aux 4 semaines (20 jours si vous comptez en jours ouvrés et non ouvrables).
    Ces jours doivent apparaître sur le bulletin de paie des salariés, généralement sur celui de novembre.

    N'hésitez pas à contacter votre expert-comptable pour vous aider à calculer ces jours.

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